Blog Unisson

L’audioprothèse en 2015 : le prix moyen et le reste charge encore trop élevés

En novembre dernier, l’assurance maladie publiait une étude sur l’appareillage auditif en France. L’occasion de faire un état des lieux du secteur et de répondre au récent rapport de l’UNSSAF (le principal Syndicat des audioprothésistes) demandant des efforts de la part des institutions publiques pour mieux rembourser les personnes équipées.

L’audioprothèse est un marché florissant avec une croissance annuelle moyenne de 6.6% depuis 2006, estimé aujourd’hui à 1 milliard d’euros. Celle-ci est devenue une dépense de santé significative. Pourtant, « sa prise en charge collective reste limitée (134 millions d’euros à la charge de l’assurance maladie obligatoire) ».

Le taux de recours à l’appareillage auditif progresse cette année. En revanche, les prix et le reste à charge des patients se stabilisent. Face à ce constat mitigé, les pouvoirs publics prennent peu à peu conscience de la nécessité d’agir.

L’audioprothèses en 2015 : les chiffres clés

La perte auditive est un enjeu de santé public majeur. D’après l’enquête « Handicap-santé» de la Drees, on évalue à 5,5 millions le nombre de personnes malentendantes en France (atteintes de limitations fonctionnelles auditives (LFA) moyennes à lourdes), soit 8,6% de la population.

Le rapport de l’assurance maladie estime que 1,6 millions de personnes malentendantes sont équipées d’appareils auditifs (apprécié sur trois ans, entre 2013 et 2015).

En 2015, près de 630 000 prothèses auditives ont été vendues à plus de 360 000 patients. Le recours à l’appareillage auditif est en progression (+46%) mais il ne s’explique ni par une baisse des prix, ni par une baisse du reste à charge, qui eux, sont stables depuis une dizaine d’années.

Le coût moyen d’une prothèse auditive reste aux alentours de 1500€ par oreille, soit un montant médian de 3000€ pour les 71% de malentendants équipées en stéréophonie. Le reste à charge quant à lui reste élevé, atteignant plus de 913€ (après remboursement de la sécurité sociale et des complémentaires santés, voir le détail du calcul ici).

Le prix des appareils auditifs

En neuf ans, le prix moyen d’un appareil auditif a baissé de 14€ seulement, passant de 1510€ en 2006 à 1496€ en 2015. On constate une forte disparité lié à l’âge. En effet, le prix moyen constaté est beaucoup plus élevé chez les jeunes de moins de 20 ans (1760€ par appareil), s’expliquant par des remboursements plus élevés.

Plus l’âge augmente et plus le prix moyen tant à baisser (1495€ après 60 ans). Cela peut s’expliquer par davantage de difficultés éprouvées par ces personnes pour financer des équipements haut de gamme.

Logiquement le recours à l’appareillage augmente conjointement avec le vieillissement, à mesure de l’aggravation de la surdité (taux de recours pour les 15 – 19 ans : 0.9%, pour les 60 – 64 ans : 6.6% et pour les plus 90 ans : 40.5%).

Pour les malentendants bénéficiant de la CMU-C, les audioprothésistes sont tenus de vendre des prothèses dont le prix ne dépasse pas le forfait de remboursement de 700€ par oreille. Cependant, on constate que les personnes de plus de 60 ans, celles ayant le plus recours aux aides auditives, sont largement sous représentés parmi les bénéficiaires de la CMU-C.

Evolution des dépenses et du recours aux appareils auditifs

Un recours à l’appareillage en progression

Le rapport de l’assurance maladie est marqué par une augmentation des dépenses. Celles-ci ont augmentées de plus de 78% entre 2006 et 2015. On note également un taux de recours à l’appareillage en forte progression (+46% sur la même période).

Cette évolution des dépenses ne s’expliquent pas pour autant par la baisse des prix (-0.9% entre 2006 et 2015), mais par plusieurs facteurs :

  • Le taux de recours plus élevé qui peut s’expliquer par une meilleure sensibilisation des personnes malentendantes face aux conséquences d’une surdité et d’une meilleure acceptation (du handicap et des prothèses auditives)
  • La qualité des produits proposés : l’innovation et la recherche & développement permet de proposer des appareils de plus en plus performants dans le bruit. Pour autant ces performances se limites généralement aux prothèses auditives haut de gamme (les appareils d’entrée de gamme étant bridés)
  • L’effet démographique avec le vieillissement de la population (pour rappel, le taux de recours augmente mécaniquement avec l’âge)

Une augmentation des dépenses mais un prix qui reste trop élevé

Bien qu’on remarque une nette évolution des achats d’appareils auditifs, le constat reste le même que les années précédentes : les tarifs restent trop chers pour une majorité des malentendants. La baisse enregistrée depuis 2006 (-0.9%) est tout à fait insuffisante pour convaincre ceux qui renoncent à s’équiper à cause du prix. Selon le rapport d’UFC – Que choisir publié en septembre 2015, ils seraient plus de 2.1 millions en France ( soit 1 malentendant sur 3).

L’impact de la densité de l’offre sur le taux de recours à l’appareillage et les prix de vente

Autre conclusion intéressante du rapport, l’impact de l’offre sur le taux de recours à l’appareillage. Ce dernier met en évidence une corrélation positive entre la densité de points de ventes pour 100 000 personnes et le taux de recours à l’appareillage par département. Cette corrélation vient compléter le rapport d’UFC que choisir de septembre 2015. Celui-ci dénonçait, entre autre, la pénurie de professionnels en France, qui se répercute aussi sur les prix de vente (salaires et marges plus élevées).

Remboursement et reste à charge

Un reste à charge toujours aussi conséquent

D’après la cour des comptes, le remboursement de l’assurance maladie représente en moyenne 8% du prix d’un appareil auditif. Pour les complémentaires santés, ce taux avoisine les 31%. Le reste à charge représente donc environ 61% du prix de vente d’une prothèse auditive, équivalent à 913€.

Le reste à charge reste très élevé en 2015, preuve de l’immobilisme des institutions (publiques et privées). La faute revient également aux audioprothésistes qui ne baissent pas significativement leur prix de vente.

Des évolutions sur les remboursements prévues pour 2017

Face à ce constat mitigé, les pouvoirs publics consentent à améliorer l’accès aux prothèses auditives avec une réforme prévue pour 2017.

La ministre de la santé, Marisol Touraine, a souhaité communiquer sur le sujet lors du comité interministériel du handicap, le 2 décembre à Nancy. Dans sa déclaration, la ministre reconnait que « Les dispositifs d’audioprothèses sont insuffisamment pris en charge par l’assurance maladie et les complémentaires santé ».

Pour répondre à cette réalité, un plan permettant d’assurer un reste à charge nul sur les équipements d’entrée de gamme sera mis en place en 2017, avec un budget de 47 millions d’euros. Ce plan d’aide à la solvabilité des prothèses auditives devrait permettre de garantir un tarif encadré et plafonné des équipement d’entrée de gamme. Ce plan est sensé permettre aux malentendants freinés par un reste à charge rédhibitoire, de s’équiper au titre de la santé publique.

Articles sur les mêmes sujets

2 commentaires

  1. Marie-Claude Trouillet

    24 février 2019 - 11 h 39 min
    Reply

    Bonjour, je suis équipée de prothèses auditives et quand une pile est à changer, j’ entends une petite mélodie . Mes piles devraient être changées et je n’ai pas entendu la mélodie Cela peut-il arriver parfois ?

    • Sébastien Pradel

      8 mars 2019 - 18 h 51 min
      Reply

      En effet, votre pile peut s’épuiser alors que vous ne portez pas l’appareil (la nuit par exemple). Il se peut aussi que la mélodie de fin de pile soit réglée trop bas et que vous ne l’ayez pas entendue car vous étiez dans un environnement bruyant. Point important, la pile se décharge dès que vous retirez l’autocollant qui se trouve dessus (donc même sans utiliser l’appareil, la pile finit par se vider).

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

'